Entre Gette et Nethen

Notre club doit son nom à deux cours d'eau de l'est du Brabant Wallon: la Gette, ou plus exactement la Grande Gette, comme nous allons le voir, et la Nethen, un ruisseau prenant sa source à Beauvechain et qui, après 15 kms, se jette dans la Dyle.

Notre club a été fondé en 1977 à Grez-Doiceau, commune à laquelle appartenait le village éponyme de Nethen, depuis la récente fusion des communes au 1er janvier de cette année là. Mais notre président fondateur, Guy de Streel, avait surtout la volonté de se référer à des éléments naturels de la région. Il était de Beauvechain. Ceci explique certainement la Nethen. La raison de la présence de la Gette dans le nom de notre club est aujourd'hui quelque peu oubliée, et même les plus anciens n'osent apporter d'explication formelle. Il se peut qu'à "Nethen", on ait voulu accoler le nom de la rivière passant à Tirlemont, ville du club ayant parrainé le nôtre. De façon plus plausible, il semble que plusieurs des premiers membres étaient de Jodoigne, où la Gette passe aussi. Dans ces deux cas toutefois, il ne peut s'agir que de la Grande Gette, l'un des deux bras qui, avec la Petite Gette, se rejoignent à Zoutleeuw près de Saint-Trond, pour former la Gette. Celle-ci ensuite, de Démer en Rupel, déverse finalement ses eaux dans l'Escaut.

 

La Gette

La Grande Gette prend sa source au milieu des champs, à quelques centaines de mètres au sud de l'aire d'autoroute d'Aische-en-Refail, à petite distance du Bois de Grand-Leez. Je suis allé à sa rencontre par une chaude journée de juillet 2015. On y voit clairemant la végétation touffue et variée, contrastant avec les champs l'entourant. Mais si on sent que la terre est humide à cet endroit, l'eau n'y apparaît pas en surface en ces jours secs de l'été. Il faut aller un peu plus en aval, et passer au nord de l'autoroute, pour voir affleurer l'eau non loin du Bois du Château. Là, la Grande Gette ne s'appelle encore que le ruisseau de la Gadave, qui se dirige vers le quartier du Mont, à Perwez.

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  • Source de la Grande Gette
  • Source de la Grande Gette
    Source de la Grande Gette
  • Le ruisseau de la Gadave.
  • Le ruisseau de la Gadave.
    Le ruisseau de la Gadave.

    Ce n'est vraiment qu'à la sortie de Perwez, dans le joli hameau du Warichet, que le cours d'eau prend enfin le nom de Grande Gette. La rivière serpente alors dans la campagne hesbignonne, par Petit-Rosière, Mont-Saint-André, Bomal et Glimes, où elle se grossit des eaux du ruisseau de Thorembais, et poursuit son chemin vers le nord, en passant comme nous l'avons déjà écrit, par Jodoigne et Tirlemont. Elle oblique alors vers l'est pour rejoindre la Petite Gette à Budingen, dans l'entité de Zoutleeuw, dans un endroit merveilleusement bucolique.

  • La Grande Gette à Perwez
  • La Grande Gette à Perwez
    La Grande Gette à Perwez
  • La Grande Gette à Jodoigne
  • La Grande Gette à Jodoigne
    La Grande Gette à Jodoigne

    Le Petite Gette prend sa source à Ramillies-Offus, à peu de distance de la ligne de partage des eaux, puisqu'à seulement quelques kilomètres au sud, passe la Mehaigne appartenant au bassin versant de la Meuse. La Petite Gette passe par Jauche1, Orp-le-Grand, Hélécine et enfin Zoutleeuw avant de rejoindre la Grande Gette. Zoutleeuw mérite vraiment une visite, avec son église Saint-Léonard du 13e siècle, son hôtel de ville et sa grand-place datant de Charles Quint, et puis au nord, à Budingen, les deux Gettes qui se rejoignent au milieu des pâtures, en un V allongé, comme les deux tranchants d'une fine pointe de flèche, bordée d'alignements de hêtres longilignes. On peut admirer le confluent de la route croisant la Gette réunie, route tout naturellement appellée Twee Geten straat.

  • Confluent des deux Gettes à Budingen.
  • Confluent des deux Gettes à Budingen.
    Confluent des deux Gettes à Budingen.
     
     

    La Nethen

  • La Nethen près du Grand Brou
  • La Nethen près du Grand Brou
    La Nethen près du Grand Brou

    Repartons vers l'ouest. Laissons Tirlemont au nord et traversons Hoegaarden. Peu après, nous entrons dans l'entité de Beauvechain par le petit village de l'Ecluse. Là coule un petit ruisseau, le Schoor, qui lui aussi alimente la Grande Gette. Il est d'ailleurs le seul de l'entité à le faire, car tous les autres, comme le Mille ou le Nodebais, sont des affluents de la Nethen. La Nethen prend sa source dans le village de Beauvechain, sur le plateau de la Grande Bruyère, non loin du hameau des Burettes. Son nom vient du wallon "Nèt", lui-même d'origine germanique, et signifie "humide, boueuse"2. La Nethen traverse d'est en ouest les villages de Beauvechain, de Tourinnes-la-Grosse, d'Hamme-Mille, avant de se jeter dans la Dyle, près de Nethen.

    Entre les villages, la Nethen a largement gardé son aspect naturel, surtout dans la réserve domaniale du Grand Brou, à la sortie de Tourinnes. Mais dans les villages, des eaux usées s'y déversent à de nombreux endroits et en font un cours d'eau très pollué et donc peu poissonneux. Très heureusement, un programme d'épuration et de collecte des eaux usées est en cours pour en améliorer la qualité3.

  • La Nethen traversant Tourinnes-la-Grosse.
  • La Nethen traversant Tourinnes-la-Grosse.
    La Nethen traversant Tourinnes-la-Grosse.
     
     

    Tourinnes-la-Grosse

  • Eglise Saint-Martin
  • Eglise Saint-Martin
    Eglise Saint-Martin

    En descendant la Nethen, arrêtons-nous à Tourinnes-la-Grosse. Le village doit son nom à la grosse tour trappue de son église Saint-Martin, perchée sur le haut du bourg. Cette magnifique église est classée au patrimoine exceptionnel de Wallonie4. Sa nef, la partie la plus ancienne, date du 10e siècle. Ses dimensions sont pratiquement celles de ses origines, à l'époque carolingienne. C'est donc l'une des rares églises de nos régions à garder les vestiges d'une église primitive de la chrétienté.

    La grosse tour ouest, de style roman, a été rajoutée au 13e siècle. Peu de temps après fut construit le choeur, l'un des plus vieux édifices d'art gothique de nos régions. La flèche de la tour ne fut construite qu'au 16e siècle. L'église, dans son aspect actuel, fut terminée au 17e siècle par l'ajout du baptistère sur la façade nord de la tour. On y trouve plusieurs belles pièces d'art ancien: une chaire de vérité baroque au milieu de la nef, les fonts baptismaux et les confessionnaux du 17e siècle, le banc de communion du 18e siècle. L'ensemble de l'église est décorée de céramiques de l'artiste de Nodebais, Max van der Linden5, l'homme qui, selon Julos Beaucarne6, faisait des étoiles avec de la boue7. Max van der Linden et Guy de Streel sont à l'origine des fêtes de la Saint-Martin, qui se déroulent tous les ans en novembre à Tourinnes-la-Grosse, et durant lesquelles se combinent parcours d'artistes intérieurs et extérieurs, spectacles et concerts8.

     

    Nef, choeur gothique et chair de vérité baroque.
    Chaire de vérité baroque, du 17e siècle
    Eglise Saint-Martin. Vue intérieure du baptistère.
    Les fonts baptismaux du 17e siècle
    Choeur gothique
    Le Choeur de l'église Saint-Martin de Tourinnes-la-Grosse.
    Saint-Martin et céramiques de Max van der Linden
    Céramique de Max van der Linden dans l'église St-Martin
    Confessionnal du 17e siècle
    Reliquaire de St-Corneille
  • Nef, choeur gothique et chair de vérité baroque.
  • Chaire de vérité baroque, du 17e siècle
  • Eglise Saint-Martin. Vue intérieure du baptistère.
  • Les fonts baptismaux du 17e siècle
  • Choeur gothique
  • Le Choeur de l'église Saint-Martin de Tourinnes-la-Grosse.
  • Saint-Martin et céramiques de Max van der Linden
  • Céramique de Max van der Linden dans l'église St-Martin
  • Confessionnal du 17e siècle
  • Reliquaire de St-Corneille
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    Terres de cultures et fermes brabançonnes, entre Gette et Nethen

  • Champs de froment et ferme brabançonne
  • Champs de froment et ferme brabançonne
    Champs de froment et ferme brabançonne

    Nous venons de parcourir les deux cours d'eau qui justifient le nom de notre club. En allant de la source de la Grande Gette près de Perwez à la source de la Nethen à Beauvechain, on parcourt un axe sud-nord, à l'est du Brabant Wallon, à travers les communes de Beauvechain, Incourt et Perwez. En parcourant cet axe, notamment le long de la N91, on voit à perte de vue des champs de céréales, de maïs, de betteraves, de pommes de terre, de lin ... Et parsemées au milieu de ces étendues blondes et vertes, les grandes fermes en carré, typiques de nos campagnes brabançonnes. Ces fermes ont une longue histoire. Les plus anciennes et les plus imposantes d'entre elles remontent à l'époque cistercienne aux 12e-13e siècles, et furent les fermes abbatiales de l'Abbaye de Villers, s'étendant sur 6000 ha9.  

  • Ferme des Vignes à Nodebais
  • Ferme des Vignes à Nodebais
    Ferme des Vignes à Nodebais

    Les bâtiments de fermes que nous pouvons encore admirer aujourd'hui ne datent certes plus de l'époque cistercienne mais remontent quand même aux 17e-18e siècles et témoignent d'un long et riche passé de labeur agricole dans notre région. En descendant la Nethen jusqu'à Hamme-Mille, prenons cette N91 vers le sud. La route passe par le village de Nodebais. Sur la gauche, l'une de ces très belles fermes brabançonnes, dans la rue de l'Etang.  Cette ferme blanche se caractérise par la présence de contreforts ajoutés à la grange car le pignon se lézardait. C'est la Ferme des Vignes10. Elle est représentée sur notre fanion à côté de l'église Saint Martin de Tourinnes-la-Grosse.

    Assurément, en choisissant d'une part deux cours d'eau pour nom de notre club, et l'église Saint-Martin, la ferme des Vignes, des rivières et un épi pour figurer notre fanion, nos fondateurs ont voulu marquer le caractère profondément rural de notre club et son ancrage dans les beaux villages encore très agricoles de l'est brabançon.

  • Fanion du Lions Club Gette-Nethen
  • Fanion du Lions Club Gette-Nethen
    Fanion du Lions Club Gette-Nethen
     
     
     

    Références

      1. Plusieurs lieux de la région des deux Gettes portent les nom de Jauche, Jauchelette, Jausselette, ou encore accolent Geest au nom de leur village, comme Saint-Jean-Geest ou Saint-Rémy-Geest à Jodoigne. Tous ces noms désignent la Gette, que ce soit la Grande ou la Petite. Jauche, Jauchelette ou Jausselette viennent du Wallon Djåce ou Djåçlete, et Geest vient tout droit du nom germanique d'origine, Gest, existant dès le 11e siècle.   
      2. La Nethen - Contrat de rivières Dyle et affluents   
      3. Contrat de rivières Dyle-Gette   
      4. Liste des biens du patrimoine exceptionnel de Wallonie   
      5. Max van der Linden, dit Miqui, naît le 1er juin 1922 à Nodebais, village du Brabant wallon, où sa famille s’est établie depuis très longtemps.Eduqué dans le milieu rural encore très traditionnel de l’avant-guerre, il entre en 1941 au Séminaire de Malines qu’il choisit de quitter en 1945 pour s’adonner à la passion qui l’anime depuis l’enfance: raconter des histoires modelées dans la terre.Après quatre ans d’étude de la Céramique à l’Ecole de la Cambre à Bruxelles et deux ans de stage aux usines Cérabel à Baudour, il installe son atelier en 1952 dans un coin de la ferme d’Agbiermont à Nodebais.Dans ce lieu ouvert à tous, il partage son temps entre son métier de céramiste, et l’accueil de visiteurs et d’amis venus de tous horizons.Soucieux de sortir de leur isolement les jeunes et les moins jeunes des villages environnants Miqui s’est efforcé d’impliquer les uns et les autres dans des activités culturelles créatives. Dès 1953, se succèdent spectacles, concerts, conférences dont il est l’inlassable orchestrateur.L’oeuvre de Max van der Linden se déploie tout au long de la seconde moitié du vingtième siècle. Guidée par un sens très large du sacré, ancrée dans la vie quotidienne et dans la ruralité, elle aborde fréquemment des thèmes tels que la musique, la solitude, la mort, l’angoisse devant les mutations chaotiques ou menaçantes du monde contemporain.Il y demeure toutefois l’évocation discrète d’une autre issue à travers un geste de solidarité, une rencontre par-delà les conventions, un détail humoristique…Ce message selon lequel chacun à sa manière est sacré et nécessaire au devenir de l’humanité, Miqui s’est efforcé de l’exprimer, durant près de trente ans, au travers des spectacles et expositions organisés dans le cadre des Fêtes de la Saint-Martin à Tourinnes-la-Grosse .Le Baron Max van der Linden est décédé le 25 novembre 1999. Une a.s.b.l. porte son nom et s’efforce d’assurer la pérennité de ses œuvres actuellement rassemblées sur le site de la ferme d’Agbiermont à Nodebais.

        Stéphane Terlinden (Lire plus ici)    

      6. Julos Beaucarne, né le 27 juin 1936 à Écaussinnes (Province de Hainaut), est un artiste (conteur, poète, comédien, écrivain, chanteur, sculpteur) belge, chantant en français et en wallon. Il vit à Tourinnes-la-Grosse, en Brabant wallon.
      7. Archives du Soir, 13 novembre 2009   
      8. Fêtes de la Saint-Martin à Tourinnes-la-Grosse   
      9. Quelles merveilles que ces anciennes fermes de l'abbaye de Villers ! L'Est du Brabant wallon en compte une dizaine groupées jadis autour de l'imposante ferme de Mellemont à Thorembais-les-Béguines. [...] Si les ruines de l'abbaye sont généralement bien connues du grand public, le vaste domaine agricole (6.000 ha) dont disposait l'abbaye l'est beaucoup moins. Il représentait au total une quarantaine de fermes dont onze (1.800 ha) appartenaient au quartier d'Emellemont (aujourd'hui Mellemont). [...] La plupart de ces fermes existent encore aujourd'hui. Parmi elles, à Thorembais-les-Beguines, les fermes de Cocquiamont, de la Petite Cense, de La Porte sans oublier la ferme du Mont. A Sart-Risbart, il y avait La Grande Risbart, Fontenelle et la belle ferme de La Porte (malheureusement inaccessible) et enfin à Ramillies la Basse et la Haute Cense, ainsi que la ferme Saint- Nicolas sous Petit-Rosière. Cette dernière est la seule à avoir disparu.
        Le Soir, 9 septembre 2003   
      10. La Ferme des Vignes date au moins du 18e siècle. Comme dans la majorité des fermes brabançonnes, sa grange est "en long", c'est à dire qu'on y entre par un pignon et qu'on en sort par le pignon d'en face. Par opposition, les granges dites "en large" ont une entrée dans le mur gouttereau, côté cour, servant d'entrée et de sortie. Les granges "en long" sont de grandes dimensions et expriment la richesse qu'eurent ces terres agricoles du Brabant, et particulièrement de la Hesbaye brabançonne. Julos Beaucarne en parle comme du "pays où les granges sont des navires". Ces dimensions imposantes rendaient leurs pignons fragiles car soumis à de fortes pressions. Dans certains cas, comme à la Ferme des Vignes, il fallait alors les consolider en ajoutant des contreforts. Ces granges brabançonnes sont bien décrites dans un article de la Maison du Tourisme brabançon, et la Ferme des Vignes est citée en exemple dans le pdf "La Grange (détails)" lié à cet article (Lire ici).
        La ferme appartenait à la famille Dewaet, dont l'un d'entre eux fut bourgmestre de Nodebais avant la seconde guerre mondiale. Après la guerre, le famille ne l'occupait plus mais l'avait mise en location à des fermiers. Elle a été revendue en 1986 à Pierre van Schevensteen, un industriel du textile. Celui-ci l'a complètement remise à neuf. C'est lui qui l'a baptisée Ferme des Vignes. La ferme était connue des villageois comme étant la ferme du Liégeois (Lire ici). Pierre van Schevensteen est décédé en 2011, mais sa famille habite toujours la ferme et y a apporté quelques modifications en 2011, notamment en ajoutant une cheminée plus large que la précédente au corps de logis. Des spectacles y sont organisés de temps en temps. En 2014, Julos Beaucarne y a donné un concert exceptionnel pour ses 78 ans.